jeudi 23 mars 2017

Le temps d'un instant...

Je suis fébrile. Ça faisait un bout que je ne l'avais pas vue. J'étais nerveux aussi. J'ai eu toute la journée ce sourire en coin, cette excitation intérieure, cette euphorie de l'âme qui revenait sans cesse. J'allais enfin la retrouver. Pour partager. Prendre son pouls. La regarder. L'écouter aussi. Je me suis même perdu et y ai découvert de nouveaux chemins. Nous étions proches. On échangeait nos points de vue sur tout et sur rien. 

J'aime bien me perdre. Dans mes pensées, dans la vie en général. Mais ce soir, j'y ai découvert autre chose. Que cette relation est très riche en apprentissages. Que même lorsqu'on croit se connaitre, on se redécouvre... encore et encore. J'aime aussi me perdre sur les chemins de la vie, me laisser aller dans ce tumulte incessant, grondant, vers une destination encore inconnue. Non pas suivre le courant, mais l'apprécier et le chérir, où qu'il s'échoue. Et juste vivre, au lieu de survivre.

Le temps d'un instant, j'aurais voulu que tout s'arrête. Pour respirer. Regarder. Apprécier. Recommencer.

Le temps d'un instant, je me suis perdu tout en sachant où je me trouvais. Le temps d'un instant, que je ne voulais plus quitter. 


samedi 11 mars 2017

Réflexion (de coureur)


Aujourd'hui, j'ai eu du temps. Du temps pour réfléchir. À ma sortie en montagne d'hier. À ma relation particulière avec toi.

Ça y est. Je suis de retour dans tes sentiers. Là où tout a commencé un certain matin de janvier... Je dois avouer qu'elle m'a changé, cette montagne. Je crois qu'entre elle et moi, c'est une relation donnant-donnant. Parfois elle me fauche le pied et je la nargue en retour. Parfois elle se soumet car je lui fais les yeux doux...

D'autres fois elle me blesse. Je la boude. Mais j'en ai envie. Une sorte de dépendance... je crois. Malgré sa bipolarité, j'y suis attaché. Plus qu'avant mais bon, je l'ai toujours aimée. Mais pas de cette manière. Pas comme ça. Maintenant, je suis plus intime avec elle. Je la comprends. Elle me soulage. Ma foulée la change. La sculpe. La transforme...

Bientôt il faudra user de technique, car tu te découvriras, tel un mur de glace que tu laisseras tomber. Mise à nue, tu seras agressive, érodée et encore plus instable. Ta seule protection sera ton relief inégal qui sera parsemé d'embûches savamment placées. Mais je te connais bien pour t'avoir déjà fréquenté. Tes coups vicieux, tu peux te les garder. Tu m'as déjà éprouvé par le passé et je suis en paix.

Oui, notre relation n'as pas toujours été facile. J'ai peut-être manqué d'ouverture. Je ne te parle pas toujours à voix haute, mais tu sais me comprendre. Tu es et tu seras toujours une bonne confidente. Sans toi, je serais perdu même si quelque fois, j'ai hâte de te quitter. Je te respecte et vit les choix que tu m'impose. Oui, je sais, une partie de moi voudrait aller plus vite, mais je dois avouer que je tire un malin plaisir à te faire languir... 

Parfois tu me surprends en essayant de me faire glisser pour m'expédier je ne sais où, ou encore de me briser les orteils... mais tu devrais savoir que j'ai la tête dûre. Que je tiens à cette relation parce qu'en prenant exemple sur toi, je serai fort et immuable comme tes rochers et la terre qui la recouvre. Je m'aggriperai à toi comme ces racines entremêlées qui donnent vie à ces majestueux troncs qui s'élèvent pour aller chatouiller la grande immensité bleue.

Peu à peu, les millions de bourgeons que tu portes en toi éclateront, virevoleront au gré de ta fantaisie aléatoire. Tu joueras à cache-cache avec la lumière, que tu feras disparaitre à nouveau. Oui, ma vie serait bien morne sans toi. Tu m'en fais voir de toutes les couleurs... mais tu sais quoi? C'est ce qui te rends si belle...

Tu m'as mis en retard parce que je voulais en fréquenter une autre. Pour me gâter. Ça presque fonctionné. J'y ai presque cru... mais avec les espoirs que tu me fais vivre au moment présent, j'ai peine à croire que tu m'en veux autant.

Rien n'est plus sûr, rien n'est certain,
Sauf cette certitude, que ce constat soudain...






mardi 17 janvier 2017

Le blogue que je n'ai jamais écrit.



C'est reparti.

Je suis seul. Seul avec moi-même. Mon âme est emplie de solitude. Vous savez quoi? Ça me va et c'était choisi.

On dit qu'il est bon de se perdre. Se perdre corps et âme dans ce que l'on fait. Ça se nomme la passion. Se perdre lors d'une course qui rajoute du kilométrage, mais que l'on est bien heureux et soulagé lorsque l'on passe la ligne d'arrivée. Se perdre de vue, pour un instant comme des vieux amis qui se revoient et tout ce qui prends place est la célébration.

Je me suis perdu dans ma relation. Qu'importe la raison, mais mon coeur n'y était plus. Ma tête ne m'écoutais plus. Et je ne parlais plus. Et je ne ressentais plus. Ne partageait plus. Plus. PLU.

La vie est ainsi faite.Je respecte la PASSION. Je l'admire et l'embrasse. Cette passion qui nous donne des ailes au moment de prendre le départ et qui nous laisse planer sur son aire d'allée. Celle qui dévore et recrache. Celle qu'il faut dompter. Celle qu'il faut écouter. Vivre et ressentir. Intense. Et pétillante de vie.

Les chose sont. Et seront toujours. Il y a les jours sans, et les sans jours, où je suis coufus. Mais pourtant tout est clair: il est temps de vivre. La vie. De partager ces écrits, afin de mieux décortiquer... chaque rayon de soleil, qui réchauffe mon âme. Chaque coup de vent qui me laisse planer, et d'apprécier chaque foulée, le renouveau qui se laisse désirer...



D'écouter le silence, qui est plein de réponses, et de faire fît de la parole, qui donne parfois le mauvais ton. De poser des gestes sans conséquences, qui détonnent par leurs inactions.

Espoir. Reprendre sa place. Et se laisser flotter dans le ruisseau de la vie... Il faudra bientôt penser à rentrer, car mes foulées s'essouflent, comme le ruisseau qui se tarit. Qu'importe pour cette journée, car demain n'est pas encore écrit, et je pourrai encore m'évanouir de par ces foulées consenties...

jeudi 10 novembre 2016

Noir

Être dans le noir. Broyer du noir. Voir flou. Ne plus avoir le goût.

Ça y est. C'est fini. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ma saison est terminée. En fait, elle s'est terminée au bout du Monde. Seul. Avec mes pensées.


Le Bout du Monde, ça ressemble à ça. Et c'est magnifique.
C'est le genre d'endroit où tu veux te trouver le long de la dernière ligne.
Pour un dernier souffle. Immortalisé.


Ce qui à été la meilleure expérience de trail de ma vie s'est abruptement assombri tout d'un coup. Même moi, qui est de nature positive, a vu noir. Depuis le 24 septembre 2016, je ne cours plus.

En fait, pour être honnête, je me suis blessé. Bessé le corps. Blessé l'âme. Blessé la motivation. Blessé au genou. Mais blessé aussi ailleurs. Blessé sur le sentier de la vie, le seul qui compte vraiment aujourd'hui.

J'en ai peur. J'ai la jambe raide. Le genou grimace. Il ne veut plus avancer.

Un mal me ronge, tel la rouille se propageant. Créant une pression à peine perceptible, mais soudaine, tel une prise de conscience se moquant de moi. Le mal s'étend, faisant des ravages sur mes pensées et paralysant ma motivation. Je ne sais plus. Ernest, Jacques et Albert non plus.

Non, je ne cours plus, et mon corps entier commence à en ressentir les effets. Le confort n'est plus le même. La pensée broie du noir et l'âme est en peine… Six brouillons avant de trouver le bon. Peut-être même pas le bon…

La vie souffle à mon oreille, sa douce mélodie disparate. Elle me chuchote haut et fort de m'arrêter, de me terrer. De me reposer. Et je dois l'écouter. Car tôt ou tard, cette mélodie me criera à tue-tête de m'enfermer. De l'effacer, de disparaître.

Ces mots résonnent dans ma tête, dans mon corps et dans ma vie toute entière. J'ai quelque chose qui ne tourne pas rond. Comme chacun de nous, dit-on…

«Je pense à mon avenir. Mon avenir sans course. Mon avenir sans passion. Ou sans raison. Et je trouve ça dur. TRÈS DUR. Oui, il y a bien pire, et j'en suis conscient. Je suis vivant. Fonctionnel. Mais une partie de moi manque. Me manque. Elle brille par son absence, et je suis aigri. La passion édifiante à laissé sa place, peu à peu, à un doute perplexe, et désolant. Une chose est sûre. J'aurais du arrêter. M'arrêter. Et amputer la passion avant qu'elle ne m'ampute elle-même…»

La passion, elle ne s'enseigne pas. Elle se vit, au jour le jour, se construit, s'édifie, et est en constante évolution. Ce qui la rend si intéressante, c'est l'intensité avec laquelle elle se manifeste lors de victoires, de défaites, d'accomplissements ou de tergiversations... Elle est surnoise. Elle nous attends dans l'ombre, tapise et prête à rugir... La passion n'est pas sélective: elle est en tous et chacun, et se vit différemment. Elle est forte, mais peut montrer des signes de faiblesse. Elle crie fort et nous fait pleurer aussi. Elle nous transporte, nous laissant flotter au dessus des éléments, mais nous détruit aussi... lors de nos moments forts, mais aussi lors de nos échecs. Lors de nos déceptions. De nos blessures... qu'elles soient à l'âme ou physiques ou bien réelles.

Ma passion lutte pour sa survie. Elle me supplie de m'arrêter pour la laisser subsister. Elle me dit de prendre une pause, sinon elle me quittera pour de bon... Depuis le 24 septembre, ma passion est loin de me faire défaut. Elle me motive plutôt, à sa façon. Elle me permet de prendre du recul, et de voir en avant, tout en étant conscient de ce qui a été accompli. Elle privilégie la destination, enfin, je crois.

Quand écouter la passion?
Quand écouter la raison?
Et si les deux ne formaient qu'un?
Équilibre fragile mais inexorablement relié l'un à l'autre...

J'essaie de me faire confiance, pour une fois. Parce que oui, mon instinct me joue des tours. Depuis aussi loin que je ne me souvienne, les choix que j'ai faits m'ont tourmentés. Ferais-je le bon? Je laisse maintenant la vie en décider... Comme dirait quelqu'un que je connais bien, je la VIE, un jour à la fois.

Je reprends la course, timidement. J'écoute mon corps grincer, après plusieures minutes en suspends. Mais tout ça m'apparait comme une éternité. Tout m'apparait long. Une minute. Une journée, avant de faire un second essai, qui sera, lui aussi, dans la douleur et les pleurs. Il est sûr que mon âme rêve de jours meilleurs. Comme mon corps. Ma motivation.

Une chose que j'ai acquise avec le temps et que je me sers dans la vie de tous les jours, est d'apprécier ce qui m'est offert. Respirer. Voir. Sentir. Toucher. RESSENTIR. Se laisser impreigner. De ce qui nous entoure. De jeter un regard attentif, captif, sur les éléments. De pouvoir arrêter, un instant, et de réaliser la chance que j'ai de pouvoir vivre, tout simplement.

Figé dans le temps, mon âme catatonique est inondée par la beauté éphémère de l'instant présent...

Tu me manques. Ton endorphine me drogue et sache que je ne te boude que pour une bonne raison. Je suis lié à toi. Et toi à moi. Un PACTE. Tout simplement. La joie, c'est de pouvoir profiter de toi encore longtemps, longtemps, longtemps. Qui sait quand je pourrai enchainer les flexions perpétuelles de manière irréfléchie? Qui sait quand la passion basculera dans la lumière... Qui sait?




mercredi 17 août 2016

Faire fausse route. Pour ré-apprendre.

Ma fille est pour moi une très grande source d'inspiration. Elle m'enseigne comment être spontané. Elle m'enseigne à être imaginatif et jovial. Elle m'enseigne aussi à être généreux avec mon prochain. À partager. À coopérer. À diviser. À deviner. À essayer. À me tromper. À recommencer.

Elle m'enseigne à faire FAUSSE ROUTE. Et à recommencer. 

Elle me montre comment apprécier ma solitude et à partager mon être. À être aussi. Pour elle. Et pour moi.

Elle ne le sais peut-être pas, mais elle m'enseigne aussi à être heureux. À profiter. Profiter de chaque grain de sable qui s'écoule tout au long de notre existance.

À sourire et pleurer, et à pleurer à en rire.

Elle me montre et me rappèle ce qu'est la droiture. La manipulation. La colère et la détermination. La persévérance qui n'est jamais acquise et que rien n'est jamais acquis.

Ma petite est ma source d'inspiration. Elle est mon reflet et me mets face à moi-même sans pourtant qu'elle ne le sache.

Elle me montre ce qu'il y a de mieux pour moi alors qu'il semble être invisible à mes yeux. Elle me montre ce qu'est l'amour inconditionnel et aussi la haine pure et dure par le fait même.


Elle me montre ce qu'est fouler la vie.

Elle me montre qu'il ne faut jamais abandonner, même lorsque l'on crois que tout est perdu. Et elle me montre même l'indifférence la plus totale lorsque je m'en attends le moins.

Elle me montre que je suis tout. Et rien à la fois. Elle me montre à apprendre et que rien n'est complètement su.

Elle m'apprends à regarder la vie avec un oeil différent et qu'il n'y a pas qu'un seul regard de possible. Elle me permet de me développer, de douter, et de dire des choses impensées et de vivre des émotions improbables et véridiques.

J'apprends énormément des actions de ma fille et de son tracé encore non-foulé. Seulement 10 années de vie.

Elle me montre le chemin qu'est la vie.
Elle m'apprends à faire fausse route, pour ainsi apprécier le chemin tracé et ne rien en regretter...



mardi 29 mars 2016

Courir ou mourir (partie 2): SE PERDRE.

Courir ou mourir (partie 2)

SE PERDRE.

Parfois, se perdre est une bonne chose… mais quelquefois, ça nous gruge de l'intérieur.

Je me suis perdu. Mais pas de la façon dont j'aime me perdre. Ces temps-ci, je m'égare. L'impression de ne plus être soi. De se réprimer. De ne pas s'écouter. Et de ruminer.

Oui, j'aime courir car courir me fait réfléchir. Me fait méditer. Me fait sentir bien avec moi-même et me donne un but. Futile quelqu'il soit. Me rendre là-bas. Revenir. Y retourner. Mais voilà, depuis quelques semaines, il semble que je me sois égaré en chemin. La destination est floue, ou peut-être est-ce ma vision? Habituellement, l'aventure me plait, mais cette fois-ci, je l'appréhende.

LES RÉPONSES QUE M'APPORTE LA COURSE SONT PARFOIS DÉCEVANTES.

Pas pour moi, mais pour les autres. Et lorsque le doute s'installe, et commence à prendre toute la place, rien de bon n'augure. La complexité des échanges chimiques y est peut-être pour quelque chose, qui sait? Ou peut-être est-ce juste le gros bon sens qui me rattrape...

Lorsque je cours, tout est tellement clair.

Et simple. Facile. Ordonné. Classifié. Bibliothêquisé. Cartographié. Relevé. Analysé. Clair.
Suis-je dans l'erreur?

La dualité de mon âme rencontre celle de mon coeur. Je ne sais pas encore combien de temps je vais pouvoir tenir… Oui, depuis une semaine, rien ne vas plus. Je suis perdu, mais la trame de ce sentiment se préparait depuis belle lurette. Elle m'attendait, surnoise, inavouée.

Je sais pourtant ce qui m'arrive. Mais je ne veux pas le voir. Il fait noir où je regarde et je ne veux pas m'y aventurer. Je sais pertinemment que si j'y mets le pied, j'y serai engouffré. De toute manière, je m'y suis perdu.

Doute.

Depuis une semaine, je ne cours plus. Il manque de sentiers autour de mon chez-moi. Juste à y penser, je suis épuisé. Je suis fatigué. Je dors mal. Lorsque je me réveille, j'ai la sensation d'avoir cette barre au ventre, qui me paralyse. J'ai le sommeil tordu. Je suis perdu. Mais je sais ce que je dois faire, même si je suis perdu. Il faut rester fidèle à soi-même. Écouter ses instinct primaires. Se faire confiance et continuer d'avancer, malgré le doute qui nous assaille.

Mais surtout, prendre les bonnes décisions. Celles qui me délivrerons. Et me permettrons de me perdre, cette fois-ci, de la bonne manière.

Je sais que j'y arriverai, car j'y arrive toujours. Mais toi, y arriveras-tu? Dans le tumulte de la vie de tous les jours, tout bouge trop vite. Il est temps pour moi de renouer avec mes vraies valeurs. Prendre un BREAK. Mettre le volume à zéro.

ÉCOUTER LE SILENCE.

Faire taire tout ce bruit et se concentrer sur un seul objectif, quelqu'il soit, afin d'avancer, un pas à la fois. Et qu'importe la direction, tant qu'elle me distance ce cet endroit où je me sens perdu, et où il fait noir. Qui, aujourd'hui, prends le temps d'écouter le silence? TOUT LE MONDE. Mais ils ne s'en rendent pas compte. Le moment entre chaque battement de coeur. Entre chaque foulée. Entre chaque saut et à chaque clignement d'oeil.

Tout s'arrête. Microscopiquement. Et tout repart. Ce rythme qui est si profondément enfoui au fond de nous. L'instinct primaire. Cette libération.

Oui, je me suis égaré en chemin. Mais pas de la bonne manière…


Parfois, il est bien de se poser les bonnes questions pour avoir les vraies réponses...

Photo ou vision floue?
Parfois, il est bien de se poser les bonnes questions...




lundi 23 novembre 2015

Courir ou mourir (partie 1)

Courir ou mourir...

J'adore courir. En fait, j'adore être actif, depuis l'âge de mes 13 ans. 13 ans. Chiffre chanceux pour ma part. Ça été l'âge de mon second départ. Ma renaissance. Parce qu'avant, j'étais mort. Où c'était tout comme.

La maladie est parfois vicieuse. Elle nous surprends. On ne s'y attends pas. Elle est désolante. Et on la pleure.

Dans mon cas, elle a été salutaire. Elle m'a offert une nouvelle chance. J'ai une cri** de tête de cochon et je lui ai montré que je ne voulais pas d'elle. Mais étant enfant, je n'en était pas vraiment conscient. En fait, ce que je voyais, c'était le pourquoi moi? Et il fallait que ma rage sorte.

Aujourd'hui, les souvenirs s'entrechoquent. Ma mémoire est un peu affectée. La difficulté que j'ai éprouvée est maintenant reconnue. Ou plutôt comprise. Ou acceptée.

Plus jeune, j'ai fait un AVC. Des veines et un artère se sont bloquées dans mon cerveau, entrainant une paralysie complète du côté droit de mon corps. Mes souvenirs en sont flous, mais si vous lisez ces lignes aujourd'hui, c'est grace à mon est** de tête de cochon, et au support de ma famille.

«Je n'aurais pas du survivre». Ça, c'est ce que les médecins ont dit à ma mère au plus fort de la crise. «S'il revient, il sera dans un état neuro-végétatif»...

Une vie anéantie. Je suis père, et je peux vous dire que si un médecin me disait ça, je n'en mènerait pas large. Alors, IMAGINEZ.




Aujourd'hui, j'en parle plus ouvertement. De la chance que j'ai de pouvoir juste respirer. Voir du haut des montagnes. Et de pouvoir m'élancer dans un sentier. De voir le soleil se lever. Chaque jour. Je suis beaucoup plus conscient de la richesse qui m'entoure. De la profondeur des couleurs. De l'émotion qui en ressors. De ce qu'on appèle La Vie.



Oui, parfois, je trouve le fardeau lourd à porter. Après tout, c'est mon corps que je dois transporter. Et ce n'est pas toujours facile, je peux vous le dire. Je n'ai jamais osé le dire, mais j'ai le cerveau endommagé. Endommagé par le manque d'oxygène que le sang devait y fournir. Alors, une partie de moi s'est éteinte. Dans l'obscurité. Sans retour possible. L'oubli. Maintenant, tout est une question d'entretien. Car sans entretien, je tombe. Au sens propre. Et figuré, ma foi.

Depuis environ 1 an, ça m'arrive plus fréquemment. La première fois, qui était majeure, c'était à Bromont, lors d'une sortie d'entrainement. Plus récemment, lors d'un événement appellé Courir 6h en Coeur. Après avoir couru 5km, chute sur l'asphalte m'ayant obligé à marcher car j'étais un peu sonné. Je couru tout de même une distance de 45km cette journée là. Une fierté dans mon livre à moi, car la boucle n'avait que 1,5km. Plus récemment, un mardi matin, avec les lunettes emplies de buée, comme plusieurs autres matins auparavant




Alors voilà. Maintenant, c'est le temps de se reposer. Je crois que mon corps est fatigué. Essouflé. Je me sens parfois esclave de mon côté droit. Les influx nerveux voyageant de mon centre de commandes ne se rendent pas toujours à temps aux muscles visés, et le résultat s'en fait ressentir. J'ai parfois l'impression qu'il me tiens en hôtage. Mais sans avoir la possibilité de négotier.

Non. Je ne ressentirai jamais les choses de la même façon. Ma recherche d'harmonie musculaire sera toujours vaine. Les spasmes feront toujours partie de ma vie. La spasticité (réflexe neuronal de contraction musculaire) aussi: elle cache une faiblesse. Mon cerveau est endommagé, et je crois bien avoir atteint la limite physique du possible. Et c'est une belle limite. Que j'embrasse et que je chéris de tout mon coeur. Je lui dit merci de m'avoir supporté toutes ces longues années. De m'avoir entrainé dans toutes ces aventures... Je traine ma carcasse car j'aime ma carcasse. Oui, elle n'en fait parfois qu'à sa tête. Mais le contraire m'aurais surpris.

Appréciez chaque moment de la vie. Le dépassement de soi est le plus beau cadeau que vous pouvez vous faire. Même lorsque vous êtes par terre. Car c'est lorsque l'on se relève qu'on sait vraiment comment apprécier la profondeur des choses

La vie est une aventure qui mérite d'être vécue. Au plaisir de se croiser dans un sentier près de chez vous… ;-)

Maman, Papa, la Soeur... Je vous aime énormément!! :-D